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Table ronde: Financer sa start-up

By: GENILEM | juin 21, 2019 | 5 min de lecture

Le 11 juin 2019, GENILEM co-organisait avec son parrain Retraites Populaires, une table ronde sur la thématique « financer sa start-up » avec trois intervenants.

Pour partager leur expérience et conseils sur cette thématique primordiale pour grand nombre d’entrepreneurs à différents stades de leur développement, nous avons accueilli trois panelists:

  • Nicolas Schaeppi, Gestionnaire Private Equity chez Retraites Populaires
  • David Sidler, Head of Investor Relations & Communications chez Investiere
  • Boris Iseli, CFO chez Abionic

Raisons et difficultés d’investir dans le private equity, pour les Retraites Populaires

En tant que mutuelle d’assurance et gestionnaire de caisses de pension, il revient à Retraites Populaires de placer et d’investir les fonds collectés, dans une période où les taux d’intérêts des banques sont particulièrement bas.

Dans ce contexte, la mutuelle opte pour la diversification et pour le local, en investissant principalement dans le domaine immobilier et les projets d’infrastructures suisses.

3.5% des fonds collectés seulement sont alloués au capital-investissement ou private equity.

Mais alors, quelles sont les raisons d’investir dans le private equity ?

  • Le niveau de rendement espéré est supérieur aux marchés boursiers traditionnels. La performance nette annualisée sur 5 ans du Private Equity est de 11.1% contre 8.3% pour les MSCI World AC au 31.05.2019.
  • Les rendements sont principalement liés à la valeur ajoutée apportée par les gérants de fonds aux sociétés qu’ils détiennent
  • Le capital-investissement permet une diversification du risque

Quant aux difficultés, Nicolas Schaeppi des Retraites Populaires note les suivantes :

  • La sélection des fonds nécessite des ressources spécialisées
  • Pas de liquidité, les investissements sont bloqués pour dix ans !
  • Le niveau d’exposition à cette classe d’actifs est difficilement prévisible dans le temps
  • Les appels de fonds et distributions générées par les investissements nécessitent un suivi opérationnel
  • Les coûts de gestion sont très élevés

Stratégiquement, c’est le rachat d’entreprises ou buyout qui remporte la plus grande part du gâteau (74%), le capital-risque ou venture offrant un rendement moins intéressant. En effet en Suisse, l’expérience montre que le venture représente une performance annualisée de -6.6% sur 4 fonds, alors que le buyout obtient une performance de 5.1% sur 6 fonds.

Globalement, les investissements en private equity permettent de générer une performance supérieure à celle des marchés cotés tout en diversifiant les sources de risques. Les investissements dans des fonds de capital-risque représentent une faible proportion de notre allocation en raison de leur niveau de risque élevé.

Nicolas Schaeppi, Gestionnaire Private Equity chez Retraites Populaires

C’est actuellement le meilleur moment pour lever des fonds, selon Investiere

Fondée en 2010, Investiere a pour objectif de rendre l’investissement dans les start-up plus transparent et plus efficient.

L’entreprise propose un nouveau modèle d’investissement direct, dans lequel les spécialistes d’Investiere se chargent de présélectionner les start-up sur la base d’un processus d’analyse rigoureux et de négocier les termes en amont. Ils présentent ensuite aux investisseurs membres – privés et institutionnels – des deals tout prêts, dans lesquels ils peuvent choisir d’investir aux côtés d’autres capital-risqueurs professionnels. Le processus d’investissement est entièrement digitalisé, avec une gestion et un suivi de son portefolio d’investissement en ligne.

Sur 2’000 dossiers d’entreprises analysés par année, Investiere en retient 30. Plus de 60mio CHF ont ainsi été investis en 8 ans, pour une centaine de tours de financement organisés.

Selon David Sidler, les défis pour les investisseurs de financer les start-up sont nombreux :

  • Ceux-ci n’ont pas toujours accès aux deals de qualités ou si leur réseau est bon il leur manque alors le temps pour analyser les dossiers ;
  • Il peut ensuite leur manquer de l’expérience dans la négociation ou l’analyse des dossiers ;
  • Finalement, la capacité d’investissement peut être un frein pour accéder aux meilleurs tours de financement.
  • Les clubs de Business Angels et autres petits réseaux sont peu structurés et ont une capacité d’entrée limitée.
  • Les financements de plus haut niveau ont des tickets d’entrée très conséquents (CHF 250’000 et plus).

Investiere compte aujourd’hui plus de 3’500 investisseurs privés qualifiés – avec une participation qui commence à 10’000 CHF – et une dizaine d’investisseurs institutionnels et corporate, comme la Poste, Swisscanto et la banque cantonale de Zürich. Elle investit principalement dans des start-up technologiques, d’industries variées telles que le software, le medtech, le cleantech ou la robotique.

David Sidler affirme que le capital-risque en suisse est en plein croissance. Selon le Swiss Venture Capital Report 2019, le capital investi dans les start-up suisses a augmenté de plus de 30% entre 2012 et 2018, et on est passé de 50 à 230 tours de financement dans ce laps de temps.

Avec la création de nouveaux fonds focalisés sur la croissance (Swisscanto, Entrepreneur fund) et des records de fonds levés atteignant plus de 1.2 milliards en 2018, les indicateurs laissent croire que ce climat de croissance va perdurer, pour atteindre un volume d’investissement de 2 milliards en 2020.

C’est le meilleur moment de l’histoire des start-up suisses pour lever des fonds. Les tours de financement s’agrandissent et les entrepreneurs deviennent plus ambitieux. C’est donc le moment aussi pour les entrepreneurs de se demander comment lever les fonds.

David Sidler, Head of Investor Relations & Communications chez Investiere

L’importance de la transparence et de la communication pour réussir sa levée de fonds

Abionic est l’entreprise – anciennement accompagnée par GENILEM – qui a développé le test de diagnostic du sepsis le plus rapide au monde. Créée en 2010 et basée au Biopôle de Lausanne, la technologie développée à l’EPFL qui a reçu plus de 20 prix d’entrepreneuriat, a levé pas moins de 37 mio CHF et emploie aujourd’hui 50 employés dont 8 PhD.

Tirés de son expérience, Boris Iseli partage 5 règles d’or pour réussir sa levée de fonds :

  1. Ne pas considérer que sa technologie ou son modèle d’affaires est top secret. La transparence est essentielle pour créer un lien de confiance avec les investisseurs.
  2. Rencontrer un maximum d’entrepreneurs du même secteur et essayer de se faire introduire auprès de leurs investisseurs (network)
  3. Se procurer une checklist d’investisseurs et travailler sans relâche sur ses points faibles
  4. Apparaître le plus tôt possible sur le radar des investisseurs : ils veulent voir une progression… mais attention si l’on ne délivre pas !
  5. Entrainer son message (pitch, pitch, pitch) … typiquement en participant à des concours.

Sur le plan de la communication avec les investisseurs, ses conseils sont les suivants :

  • Au premier contact, miser sur un bon elevator pitch (pitch de 30 sec). L’idéal est de se faire introduire par un contact de confiance ou de participer à une conférence d’investisseurs comme il y en a beaucoup dans la région.
  • Dès le départ, être prêt avec son teaser/executive summary et avoir sa « dataroom » déjà construite – cela montre son sérieux, et ne pas le faire risquerait de compromettre la suite.
  • Seulement une fois le contrat de confidentialité en place, présenter son business plan, sa présentation d’entreprise et une dataroom étendue.
  • La difficulté principale de l’entrepreneur est d’identifier le « lead investor » : celui qui sera d’accord avec les termes, qui fera la due diligence et qui attirera les autres investisseurs. Une fois un lead solide identifié, il est plus aisé de trouver les suiveurs.
  • Pour garder le « momentum », communiquer son rapport annuel / semestriel / mensuel et des newsletter régulières.

Mais alors, pourquoi est-ce si difficile de financer une start-up en Suisse ?

  • Pas de volonté politique d’investir dans le secteur privé
  • Les Business Angels n’ont pas de vrai « incentive » fiscal à investir dans les start-up
  • Les Venture Capitalists prennent beaucoup moins de risques aujourd’hui
  • Les fonds Européens ont des quotas pour les investissements en dehors de l’UE
  • Les banques entrent en matière s’il existe un cautionnement ou s’il existe un bilan positif de plus de 3 ans.

Dans le cas d’Abionic, la transparence a été clé pour établir un lien de confiance avec les investisseurs. D’expérience, il me parait aussi primordial de s’entourer d’investisseurs qui ont la même vision que soi et de se battre pour elle, coûte-que-coûte.

Boris Iseli, CFO chez Abionic

Un grand merci aux intervenants pour la qualité de leurs présentations, et à Maud Guy-Vuillème pour les photos.