Histoires de coachs

Revendre sa start-up après 5 ans

By: Céline Charlet | avril 26, 2019 | 3 min de lecture

Chez GENILEM, tous les coachs et animateurs de nos formations sont porteurs d’une (ou plusieurs) expérience entrepreneuriale. En plus de tous les projets qu’ils accompagnent au quotidien, ils connaissent de première main les défis tant business qu’humains que cela implique de créer et de faire grandir son entreprise. Dans cette série d’interviews, je vous propose de découvrir les histoires singulières de chacun, celles qui ont forgé leur personnalité d’entrepreneur et par la force des choses leur profil de coach.

Nous commençons avec François Bonvin, arrivé chez GENILEM il y a plus de six mois. François a revendu son entreprise il y a deux ans à Trivago. C’est dans le cadre de ses études à l’EHL qu’il avait cerné un besoin et lancé la création d’un logiciel de gestion hôtelière tout-en-un, avec quatre associés. Forcément, passer son « bébé » de 5 ans à une des principales licornes d’Europe est suffisamment rare en Suisse pour que cela laisse de fortes impressions sur lui et son entourage.

Je me suis intéressée à comprendre comment il a vécu l’avant et l’après-revente, et en quoi cette expérience a été déterminante pour la suite de son parcours.

Quand as-tu pris la décision de revendre et comment le choix s’est-il opéré ?

François Bonvin : La décision de revendre a été prise dès la création de notre entreprise. Il est crucial de se positionner au démarrage, car toute la stratégie de vente et de recherche d’investisseurs en dépend. Si nous avions souhaité créer une entreprise pérenne, nous nous serions focalisés sur le marché suisse et l’augmentation de notre chiffre d’affaires. Mais dans le domaine du web et après avoir étudié le marché international de l’hôtellerie, devenir pérenne aurait été difficile et nous avons vite identifié les acteurs de l’industrie pouvant potentiellement nous racheter. Nous avons donc focalisé nos efforts sur la croissance de notre nombre d’utilisateurs, car c’est précisément ce que voulaient voir les investisseurs.

Comment as-tu vécu la transmission de ton entreprise ?

François Bonvin : Il y a eu un premier passage décisif après trois ans, lorsque nous avons obtenu l’investissement de Trivago. Jusque-là, avec mes associés, nous étions des entrepreneurs en mode survie, avec un bureau à Lutry mais sans un sou pour sortir et à peine le temps de sortir le nez du guidon. Au moment de l’investissement, il y a eu un grand changement de situation : nous voilà déménageant en Allemagne, propulsés dans le monde des grandes corporations, faisant des discours devant 2’000 employés. Fête et reconnaissance étaient au rendez-vous, mais aussi une nouvelle pression : celle des investisseurs, même si celle-ci était assez diffuse.

Entre l’investissement et le rachat final deux ans plus tard, nous nous sommes concentrés sur la performance et la construction des équipes. Après cinq ans, l’entreprise était mature, comptait 50 employés… il était temps pour moi de passer à autre chose. La revente ayant été prévue dès le départ, je n’ai pas eu de peine à rebondir ni à me détacher. Je pense que la capacité à ne pas s’attacher est garante d’une bonne transmission. La seule chose que je suis venu à regretter sont mes associés et mes employés, pas l’entreprise.

Comment se sent-on une fois la revente finalisée ?

François Bonvin : Le fait de ne plus avoir de pression était inhabituel. Du jour au lendemain, je me retrouvais sans responsabilités, sans objectifs et sans employés. J’ai eu besoin de faire le deuil de mon expérience, tel que je l’avais étudié dans un cours donné à l’EHL. Il fallait une coupure, pour lâcher prise et faire ce que je n’avais pas pu faire. Mais aussi pour tirer le bilan de notre réussite et de nos erreurs.

Le risque de l’échec est de ne pas avancer, mais celui du succès est de se complaire dans la réussite et de ne pas avancer non plus. Dans un premier temps, je me suis réjoui de pouvoir m’acheter le dernier casque Bose, mais très vite j’ai compris que la satisfaction ne vient pas de l’argent, mais de ce que tu accomplis humainement.

Avec le recul, ma plus grande source de satisfaction a été ma relation avec mes associés et l’équipe que j’ai construite.

En quoi ton aventure entrepreneuriale a-t-elle été déterminante pour la suite ?

François Bonvin : Après cinq années très intenses, mon premier besoin a été de voyager. Il m’aurait été impossible de me relancer de suite ou reprendre un travail… Une fois cette phase vécue, j’ai réalisé que je retrouvais une satisfaction similaire à celle vécue, en aidant à mon tour les entrepreneurs en devenir.

Ayant fait l’expérience de tout le processus de création – depuis le test, la mise en route, le développement jusqu’au processus de vente – je me sens crédible face aux indépendants que je rencontre et ai beaucoup de plaisir à les soutenir dans leur démarrage. Je mets aussi beaucoup de soin à les aider à définir où celle-ci pourrait s’arrêter.