Leadership : construire une posture en ligne avec ses ambitions
Les modèles de réussite d’entrepreneuses se multiplient, leurs réseaux se structurent et les outils de l’entrepreneuriat se démocratisent. Pourtant, lorsqu’on est une femme entrepreneuse, surmonter les stéréotypes, lever des fonds, ou encore trouver pleinement sa place dans l’écosystème entrepreneurial reste loin d’être une évidence.
À l’occasion de la journée des Game-changeuses, entrepreneuses et expertes ont partagé des pistes concrètes pour dépasser ces obstacles, et renforcer leur posture de dirigeantes.
L’ambition, on l’assume !
« C’est crucial : l’ambition – le terme – n’a rien d’un gros mot ! Maîtriser ses finances, avoir confiance, disposer des outils pour gérer son projet correctement, c’est normal », assure Caroline Widmer, à la tête de l’incubateur Pulse.
Viser haut, ne pas se satisfaire d’un petit rayon d’action, assumer ses envies : c’est aussi la vision des nombreuses créatrices d’entreprises présentes à l’événement. « Je sais que je vais m’étendre à l’étranger, je n’ai pas l’intention de me limiter à quatre salariés et de rester cantonnée à la Suisse romande », affiche une participante qui lance un projet à l’intersection de l’alimentation et de la santé.
Parfois, oser s’affirmer est plus simple quand d’autres femmes l’ont fait auparavant, ont posé des mots, des repères, fait face à des situations, ou acquis des places de leaders désormais incontestées. C’est l’importance des rôles modèles, et la journée des Game-Changeuses en a réuni une série, parmi elles :
Géraldine Lescs : passée de la gymnastique de haut niveau à la préparation mentale pour dirigeantes et entrepreneuses. « La pression financière, la solitude, la nécessité de tenir sur le long terme… Les dirigeants et les entrepreneurs ont les mêmes défis que les sportifs. La différence ? Les sportifs sont habitués à gérer la pression. » Son approche repose sur la représentation mentale, le travail sur le sens, la gestion de l’énergie – des compétences qu’elle transmet aujourd’hui à d’autres femmes.
Christine Vogondy : alpiniste et entrepreneuse, a enchaîné les sommets himalayens (K2, Everest, 12 des 14 sommets de plus de 8 000 mètres), elle a ouvert en 2025 une salle de sport à Genève, accessible à toutes et tous, avec une technologie de haut niveau, l’hypoxie, adaptée au grand public. « En expédition, on apprend à gérer l’incertitude, à prendre des risques calculés. C’est la même chose en entrepreneuriat : il faut oser, même quand on ne maîtrise pas tout. » Tenue de lever des fonds avec des sponsors privés pour ses expéditions, elle sait « vendre » son ambition, sans complexe.
Barbara Lax : présidente de GENILEM, a fondé le réseau de crèches Little Green House, qui compte désormais 400 employé·es, et porte des valeurs fortes de responsabilité écologiques et sociales. « Les femmes ont besoin de voir d’autres femmes réussir, dans leur secteur, avec leurs contraintes personnelles. Cela crée un effet miroir : si elle a pu le faire, pourquoi pas moi ? »
L’art de tenir sous la pression
Entreprendre, c’est faire face à des pressions. Beaucoup de pressions : financières, décisionnelles, familiales, sans compter les injonctions qu’on s’impose à soi-même. Et c’est aussi se retrouver parfois très seule face à l’inconnu, le risque.
« Pendant un an, je n’ai fait que travailler, m’entraîner, et avancer sur mon projet. Pas de vie sociale, pas de pauses », se souvient Christine Vogondy. Cette solitude peut épuiser, surtout quand on est entourée de personnes qui ne partagent pas son parcours, ses questionnements, son mindset. « Les proches, même bienveillants, ont souvent des biais de sécurité. Ils veulent nous protéger, pas nous pousser à prendre des risques », témoigne une participante au cours d’un atelier.
Pour résister à ce contexte intense, quelques conseils clés :
- D’abord s’entourer d’accompagnantes, mentors, coaches, ou tout simplement de consoeurs : échanger, être challengée avec bienveillance, bénéficier de l’appui de figures inspirantes reste la meilleure des ressources. Les questions nombreuses, tout au long de la journée l’ont montré, tout comme les temps d’échange et de réseautage, que l’on aurait souhaités encore plus longs. Si on n’arrive pas à intégrer des temps de réseautage, de mentorat ou de rencontres dans son planning et ses semaines chargées, on peut aussi se tourner vers les podcasts – GENILEM en réalise une série -pour écouter des parcours et conseils concrets de figures inspirantes.
- Comprendre que tout sacrifice demande un conditionnement mental. Quel est son « why », sa motivation profonde, son sens ? Au final, « quand on sait pourquoi on le fait, les difficultés deviennent des étapes, pas des obstacles », affirme Géraldine Lescs spécialisée dans ce travail de fond.
- Apprendre à gérer les crises. Entreprendre, c’est simplement gérer autrement l’incertitude, on ne peut pas avoir le même rapport au risque à la tête d’une entreprise que lorsqu’on gère un ménage. « Quand je me suis lancée, en une semaine, j’ai reçu 67 000 francs de factures alors que je n’avais que 2 000 francs de rentrées. J’ai appelé un ami entrepreneur : il m’a appris à négocier des échelonnements, à suspendre des paiements… On ne peut pas tout payer tout de suite, c’est normal », témoigne Christine Vogondy. Il existe toujours des solutions pour traverser les crises.
Apprivoiser sa nouvelle identité de cheffe d’entreprise
« Notre identité est liée à un statut, et un statut, c’est vital. Cela donne une place dans la société », rappelle Géraldine Lescs. Quand on devient entrepreneuse, on change de statut.
Or, personne ne nous apprend à habiter cette nouvelle identité. Pire, elle est parfois vue comme précaire, voir même bloquée par nombre de préjugés et biais genrés que les femmes sont les premières à internaliser. « À 10 ans, la moitié des filles ont intégré qu’elles étaient ‘nulles en maths’. Il faut déconstruire ça », rappelle Géraldine Lescs.
La solution ? Se fabriquer un nouveau rôle, une nouvelle posture. « Une des façons de le faire, c’est de prendre des risques, même petits. On ne peut pas vivre avec zéro risque, il faut définir ce qu’on peut cadrer, à quoi on peut s’exposer. Et accepter de ne pas être celle qu’on a imaginé qu’on serait », précise Christine Vogondy.
Asseoir son image de marque professionnelle et sa posture de leader
Construire et donner une bonne image de soi passe parfois par des techniques très concrètes que Quitterie Pallau, Elsa Duperray et Liliane Maibach ont partagé lors d’ateliers dédiés.
Le personal branding, renforcé par une approche “build in public”, consiste à partager de manière authentique et stratégique les coulisses de son projet (avancées, doutes, décisions) afin de créer un historique visible, renforcer sa crédibilité et attirer naturellement des opportunités, notamment des investisseurs déjà engagés.
Cette démarche permet d’affirmer son leadership et de transformer sa communauté en actif, à condition de trouver l’équilibre entre transparence et limites, et entre authenticité et stratégie. « En structurant son message – qui je suis, ce que je fais, pourquoi ça compte – et en s’appuyant sur son réseau comme amplificateur, on construit une image forte et cohérente plutôt que de laisser les autres la définir à sa place. » souligne Liliane Maibach, fondatrice de Declic Marketing.
Ce faisant, on remplace la question de la « confiance en soi », trop galvaudée, par celle de la confiance en ses compétences et en ce qu’on veut apporter à son équipe, à la société. C’est bien plus tangible et vérifiable, on connaît ses forces et on peut s’appuyer dessus.
Par ailleurs, le mindset est important, il permet de définir sa vision, ses valeurs. C’est ce que l’on transmet grâce au personal branding. Cela permet de développer un ancrage profond et de renforcer la détermination ou de se préparer avant une rencontre difficile. Quitterie Pallau, formatrice en prise de parole conseille de « travailler sur les powerboosters, des techniques pour se connecter à soi-même, poser l’émotion, changer les choses énergétiquement.
Enfin, si le sentiment d’illégitimité est répandu - on l’a entendu s’exprimer lors de nombreux ateliers au cours de la journée – il faut se rappeler qu’il est souvent présent chez les personnes très exigeantes, qui voient, avec lucidité le chemin à parcourir. Seule solution, pour Elsa Duperray, spécialiste en communication et cofondatrice du Forum Régénérer pour entreprendre : être indulgente avec soi-même. Et savoir se retourner sur ce qui a été accompli, se satisfaire pas à pas de ce qu’on a consolidé.
Propos recueillis par Camille Andres
Ressources
- Imagerie mentale : Mettez les problèmes à distance (vidéo de 15min) (vidéo de 15 min)
- Imagerie de l’essentiel (3min) (vidéo de 3 min)
- Les techniques de communication non violente
- Le principe des powerboosters
- Crystalknows : un outil sur LinkedIn pour mieux connaitre son profil et celui de ceux avec qui on va travailler
- Le podcast de GENILEM