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Remedok : une plateforme pour gérer les invendus pharmaceutiques

By: GENILEM | juin 3, 2021 | 3 min de lecture

Le logiciel développé par cette startup lausannoise s’adresse en priorité aux enseignes indépendantes, dans un secteur encore faiblement digitalisé.

Les 990 tonnes annuelles de médicaments invendus en Suisse représentent une perte de valeur d’1,4 milliard de francs. Une grande partie de ces produits sont périmés, parce qu’ils n’ont pas pu trouver acquéreur. Un problème que trois férus d’innovation, les pharmaciens Arnaud Dandieu, Manuel Masconi et le développeur informaticien Flavio Valceschini, analysent depuis des années. En 2018, ils s’associent pour développer une solution.

Cette dernière s’appelle Remedok, logiciel B2B, permettant aux pharmacies de s’approvisionner directement entre elles. L’avantage est double : l’enseigne vendeuse peut mettre en vente des produits proches de la date de péremption dont elle sait que sa clientèle ne sera pas preneuse. Elle s’évite ainsi de gérer des déchets, libère de la place dans son stock, et gagne même de l’argent. L’enseigne acheteuse trouve sur Remedok une nouvelle source d’approvisionnement, des produits à des prix plus intéressants que chez les grossistes, ce qui lui permet de pratiquer une marge plus intéressante. « Même les grossistes s’y retrouvent, car ce sont eux qui doivent gérer la destruction de certains invendus. Ils ont donc également intérêt à ce que les stocks soient optimisés », explique Manuel Masconi.

Les obstacles à la digitalisation du secteur

Ouverte en 2019, la plateforme a déjà conquis 250 enseignes en Suisse, principalement des pharmacies indépendantes. Malgré la digitalisation du secteur pharmaceutique, il existe encore aujourd’hui une série de barrières à l’apparition de nouveaux acteurs et nouvelles solutions digitales, qu’il s’agisse de contraintes légales ou tout simplement d’une réticence d’une partie de la profession peu encline à l’utilisation de nouveaux outils numériques, observe l’équipe de Remedok.

Capture d’écran du logiciel Remedok

Financée depuis le début par ses trois co-fondateurs puis par la Fondation pour l’Innovation Technologique, et coachée par GENILEM, la startup lausannoise compte désormais un salarié pour faciliter la commercialisation de sa solution. Remedok vise à continuer son développement, notamment en Suisse alémanique. Pour ce faire, elle souhaite dynamiser sa communauté d’utilisateurs d’un côté, et développer sa présence sur d’autres marchés, notamment le secteur hospitalier. Plusieurs partenaires demandent aux trois co-fondateurs de Remedok de proposer des solutions pour les particuliers. « Nous voyons énormément d’opportunités, mais avant de nous lancer dans le B2C, nous aimerions ancrer notre business sur l’ensemble de la Suisse » détaille Manuel Masconi, qui témoigne pour GENILEM.

Vous proposez une solution d’achat qui nécessite un changement de pratiques. Pour des pharmacies qui ont leurs fournisseurs habituels, comment faites-vous pour instaurer un changement de pratiques dans le métier?

Manuel Masconi : Déjà, nous avons conçu l’outil pour qu’il soit extrêmement facile à utiliser. L’inscription est rapide : en quelques minutes, sans installation ni téléchargement, on peut utiliser la plateforme.

L’autre enjeu a été de connecter directement notre plateforme aux outils qu’utilisent les pharmacies au quotidien pour leur gestion de stock. Les produits en vente sur la plateforme sont ainsi visibles directement sur plusieurs logiciels de pharmacies comme Propharma et Pharmasoft, ce qui permet au pharmacien de voir si un article est disponible sur Remedok avant de le commander chez son grossiste.

Enfin, nous sommes prêts à être intégrés dans d’autres logiciels. Pour ce faire, nous comptons sur l’aide précieuse de nos utilisateurs qui promeuvent l’intégration de Remedok dans leur software respectif.

Est-ce que la pandémie vous a ouvert de nouvelles opportunités ?

Clairement, la pandémie a occasionné des ruptures de stock et notre solution a permis à certaines pharmacies de s’approvisionner en produits introuvables chez les grossistes. Ce bouche-à-oreille nous a offert un marketing « passif », alors que les conférences, salons et autres moyens de nous faire connaître étaient annulés.

Les trois cofondateurs de Remedok ont chacun déjà une solide expérience professionnelle, qu’est-ce que le coaching de GENILEM vous apporte ?

L’aide de GENILEM est précieuse sur de nombreux plans. D’abord pour créer une communauté digitale : comment construire et développer sa présence sur les médias sociaux, comment concevoir une newsletter, alterner les publications etc.  C’est un savoir-faire en soi. De plus, GENILEM nous aide à résoudre des problématiques spécifiques que rencontrent les startups technologiques.

Quel est le conseil que vous donneriez aux startups qui développent des outils digitaux ?

Toujours écouter les retours des utilisateurs, prendre chacun de leurs problèmes au sérieux et ne négliger aucun détail. Un logiciel s’améliore grâce aux retours de ses utilisateurs. D’où l’intérêt de fédérer une communauté active autour de son produit, ce qui va permettre de le perfectionner en permanence.

Propos recueillis par Camille Andres

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