Portraits d'entrepreneurs

Beekee, rendre l’éducation accessible

By: GENILEM | mars 30, 2021 | 4 min de lecture

Chercheurs en technologies éducatives à l’Université de Genève, Sergio Estupiñán et Vincent Widmer ont conçu deux outils qui répondent aux enjeux actuels de formation et d’enseignement à distance dans des contextes où les ressources matérielles et humaines manquent. Explications.

Par nature, Vincent Widmer aime résoudre des problèmes. Et par sa formation, il sait s’appuyer sur la technologie, quand elle est une force. En 2016, alors que ce doctorant à l’unité de recherche en technologies éducatives de l’Université de Genève (TECFA) donne un cours dans une école genevoise, il conçoit sa propre plateforme web pour échanger avec les élèves. Mais impossible pour eux de l’utiliser en classe, l’école étant dépourvue de wifi. Qu’à cela ne tienne, il développe la Beekee Box, un mini-serveur portable qui génère un réseau sans fil local.

Avec Sergio Estupiñán, il présente la Beekee Box au Geneva Health Forum, creuset d’innovations reconnu dans le canton, en 2018. Immédiatement des acteurs de l’humanitaire voient dans leur box une solution à leurs problèmes de formation, dans des régions sans connexion internet. L’outil compte en effet une plate-forme d’échange où des questions peuvent être posées, des documents échangés, des examens certifiés, etc. Autant d’applications qui répondent à une approche collaborative de l’enseignement, développée par les deux jeunes fondateurs et en phase avec les besoins du terrain. « La Beekee Box est bien plus qu’une clé USB qui stockerait des données : elle permet véritablement à ses utilisateurs de travailler ensemble. »

A peine inventée, la Beekee box a été plébiscitée par les acteurs de la formation dans le domaine humanitaire

Beekee est fondée sur une vision doublement innovante. Dans la tech, d’abord, puisque l’entreprise ne se contente pas de vendre des box, mais propose aussi et surtout du conseil aux structures souhaitant mettre sur pied des formations à distance. Dans la pédagogie, ensuite puisqu’elle mise sur une acquisition de savoir active pour les apprenant·es et le ‘blended learning’ qui mélange présentiel et distanciel, travail individuel et collectif.

La startup a su saisir l’opportunité offerte par la pandémie et l’explosion des demandes de formations à distance pour développer un nouveau produit, le Beekee Hub, pensé pour soutenir la formation à distance dans des contextes où les ressources matérielles et humaines sont souvent manquantes, faute de moyens.

Le Beekee Hub est actuellement utilisé dans la formation académique de migrants au Kenya, dans le principal camp de réfugiés du pays. 

Ce virage a offert à la spin-off de l’Unige l’occasion de se tourner vers le marché de l’éducation dans les pays à faibles ressources : 500 millions d’enfants en âge d’être scolarisés n’ont pas accès à la formation à distance. Si Beekee, qui se définit comme entreprise à mission souhaite s’impliquer dans ce challenge, elle le fait avec un regard critique sur la tech, en intégrant les questionnements autour du numérique responsable, ou de l’illectronisme.

Aujourd’hui, Beekee emploie trois personnes et compte huit clients. Financée en partie par Innosuisse en 2021, elle compte lever des fonds sous peu pour finaliser son Beekee Hub puis se développer en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Entretien avec les deux cofondateurs, Vincent Widmer et Sergio Estupiñán.

Comment comptez-vous développer l’entreprise ?

Nous nous centrons d’abord sur le marché des ONG pour parfaire notre expérience de terrain, et développer notre réseau à l’international. Cette base nous permettra de cibler ensuite les États et gouvernements. Notre croissance viendra des économies d’échelle réalisées : pour un même nombre d’heures de formations réalisées, nous vendrons peut-être 50 box à une ONG au départ, mais 500 box à un État ensuite.

Que signifie être une entreprise à mission ?

C’est d’abord se fixer une mission qui répond à un ou plusieurs des dix-sept objectifs du développement durable de l’ONU (ODD ou SDG, pour Sustainable Development Goals), à savoir pour nous le quatrième : permettre une éducation de qualité.

Mais au-delà, c’est concevoir toute l’entreprise autour de principes de durabilité : nous n’avons pas déposé de brevet et fait le choix d’un développement open source pour permettre à tout le monde de participer à l’amélioration de nos solutions. Nos produits sont adaptés au terrain et facilement réparables. Nos fournisseurs et partenaires sont les plus locaux et durables possibles : Infomaniak pour héberger nos données, la Banque Alternative Suisse pour nos comptes. Notre objectif est de mener à bien notre mission tout en développant un business model qui assure la rentabilité de l’entreprise.

Est-ce que ce statut d’entreprise à mission n’est pas un frein pour lever des fonds?

Non. Il existe aujourd’hui de plus en plus d’investisseur·e·s enclin·e·s à financer des projets qui font sens. Par contre, pour les attirer ou les convaincre, il est important de pouvoir leur présenter un modèle d’impact, c’est-à-dire une explication permettant de prouver que nous avons un impact positif à chaque étape de notre chaîne de valeur. C’est tout l’intérêt d’une certification comme celle de B-Corp, par exemple.

Quel est l’atout de l’accompagnement de GENILEM dont vous bénéficiez depuis octobre 2020 ?

L’accompagnement proposé par GENILEM nous est indispensable pour nous aider à mettre au point un business model ambitieux et réaliste. GENILEM nous offre également la possibilité d’être continuellement challengés et de nous remettre en question.

Propos recueillis par Camille Andres

Indices AGEFI