Portraits d'entrepreneurs

Aurora’s Grid, optimiser la durée de vie des batteries électriques

By: GENILEM | août 10, 2021 | 4 min de lecture

La jeune pousse a développé un logiciel capable de prolonger la durée de vie des batteries lithium-ion. Une solution rapidement adoptée par les industriels du secteur.

Ingénieur électrique diplômé de l’EPFL, Dimitri Torregrossa se spécialise dans la gestion du stockage électrique après son doctorat. Il observe rapidement qu’une dimension essentielle à la durée de vie des batteries est fréquemment négligée: la manière dont elles sont chargées. En effet, les recharges rapides, intenses, ou prolongées diminuent drastiquement la durée de vie des batteries lithium-ion.

« La durée de vie d’une batterie dans le domaine industriel ou résidentiel est de 10 ans. Optimisée, elle peut aller jusqu’à 15 ans.»

Dimitri Torregrossa cherche d’abord à démontrer cette optimisation sur un plan académique, mais, en 2016, le projet de recherche qu’il imagine lui est refusé.

Alors âgé de 33 ans, ce jeune chercheur italo-grec, décide finalement de se lancer dans l’entrepreneuriat. « J’étais d’abord tenté par une carrière de professeur. Mais une conversation avec Patrick Barbey, le directeur d’Innovaud m’a convaincu de donner une chance à mon idée. Et puis l’époque était à la création de startups, le canton de Vaud connaissait un vrai dynamisme en la matière, on sentait souffler le vent de la Silicon Valley. »

Le boîtier actuel d’Aurora’s Grid

Aurora’s Grid est fondée en octobre 2016 et développe un système d’optimisation de recharge de batteries. L’entreprise connaît une croissance rapide, portée par des partenariats avec des acteurs établis. Les Services industriels de la ville de Lausanne d’abord, Romande Energie ensuite, et en 2018, l’Office fédéral de l’Energie. En 2019, la startup est autofinancée par ses propres clients et son premier prototype est viable. La pandémie ralentit la commercialisation de sa solution, mais en juin 2020, un partenariat avec Romande Energie à Chapelle-sur-Moudon (Vaud), permet à Aurora’s Grid de prouver la viabilité de sa solution pour des sites de grande capacité et de collaborer avec de grands groupes comme l’intégrateur énergétique franco-portugais Voltalia.

L’entreprise, toujours basée à l’EPFL compte quatre employés et huit clients. Elle recherche actuellement 3 millions de francs afin d’accélérer les ventes de sa solution hors du marché Suisse, notamment en Allemagne, en France et en Italie. Entretien avec son fondateur et CEO, Dimitri Torregrossa.

Comment votre logiciel permet-il de prolonger la vie d’une batterie ? Pouvez-vous nous expliquer sur quoi repose votre innovation ?

Dimitri Torregrossa
(Fondateur et CEO)

Dimitri Torregrossa : Aujourd’hui beaucoup de bâtiments – résidentiel ou industriels – sont équipés de panneaux photovoltaïques. Le pic de la charge électrique de ces équipements a généralement lieu aux alentours de midi, alors que le pic de consommation, lui, est souvent réparti à d’autres moments de la journée. Des batteries sont habituellement couplées à ces panneaux pour stocker le surplus d’énergie. Et très souvent, ce stockage a lieu à pleine puissance de charge, ce qui abîme durablement la batterie.

Notre algorithme permet de comprendre le taux d’ensoleillement d’une journée. Notre force est de fonctionner sans aucun capteur de rayonnement solaire mais grâce au machine-learning. En mesurant directement la puissance photovoltaïque, nous arrivons à comprendre le changement météorologique, et à adapter la puissance de charge en fonction.

Concrètement, si la journée reste ensoleillée, et donc que la garantie d’avoir de l’énergie est assurée, la batterie sera chargée plus lentement. Réduire la puissance de charge et de décharge d’une batterie reste la meilleure solution pour prolonger sa durée de vie.

Le premier boîtier d’Aurora’s Grid

Le passage d’un prototype (2016) à une solution industrielle (2018) a été sensiblement rapide, pour Aurora’s Grid ?

Oui, au départ notre logiciel se présentait sous forme d’un petit boîtier avec un ordinateur très puissant, mais non adapté à une utilisation industrielle. Je tenais à valider ce ‘minimum viable product’ avant de lancer une version industrielle, trois à quatre fois plus coûteuse et nécessitant un sérieux effort de développement. C’est vraiment la rencontre avec une entreprise à la recherche de solutions pionnières comme Romande Energie qui nous a permis de faire ce pas. Ils ont pris le risque – modéré à leur échelle – d’installer notre solution sur un site de grande ampleur à Chapelle-sur-Moudon. Cette validation de notre algorithme et les retours des équipes de Romande Energie nous a permis d’améliorer le produit et finalement lancer son industrialisation, et la fabrication de boîtiers dédiés par Schneider Electric.

Votre jeune start-up a collaboré très tôt avec plusieurs grands groupes industriels, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Sur un plan technique, pouvoir échanger avec des gestionnaires de réseau comme Romande Energie par exemple nous a permis de bien mieux comprendre leurs besoins, ce sont des informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Sur un plan stratégique, bien entendu, les grandes entreprises de plusieurs centaines ou milliers de salariés n’ont pas l’agilité d’une jeune entreprise. Donc pour signer un contrat, plusieurs séances sont nécessaires, il faut réussir à convaincre toutes les personnes concernées, être prêt à présenter le même produit en mettant l’accent sur d’autres aspects, savoir vulgariser certains aspects très techniques… Tout en s’adressant à des techniciens parfois très pointus sur un autre domaine !

Votre entreprise a rapidement trouvé des clients, en quoi a-t-elle tout de même besoin d’un coaching comme celui de GENILEM ?

D’abord, notre coach a été extrêmement présent et à l’écoute durant la pandémie, où nous avions besoins de conseils aussi bien pour la gestion des ressources humaines, des finances, des relations avec les clients…

Tout récemment, GENILEM nous a aussi proposé d’instaurer un conseil de parrains. Deux à trois fois par an, ces personnalités expérimentées réfléchissent avec nous sur nos besoins. Dernièrement, c’est grâce à eux que j’ai compris l’importance de restructurer mon pitch: mon message était travaillé autour de notre produit, pour capter l’attention des clients. Grâce aux retours de ces parrains, je l’ai réorienté autour de notre stratégie. Ce qui est bien plus adapté pour les investisseurs que nous rencontrons dans le cadre de notre levée de fonds actuelle.

Propos recueillis par Camille Andres

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