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Fermer son entreprise n’est pas échouer 

By: GENILEM | juin 16, 2026 | 5 min de lecture
table ronde fermeture entreprise genilem

Ce que trois entrepreneur·euses nous ont appris en acceptant de raconter la fin de leur aventure.

Par Gabrielle Loeb, coach GENILEM

La vérité que personne ne veut entendre 

En Suisse, comme partout ailleurs, on célèbre les créations d’entreprises. On organise des concours, on publie des chiffres records, on applaudit les levées de fonds. Mais on parle rarement, et encore moins publiquement, de ce qui arrive quand un projet s’arrête. 

Pourtant, les données sont là. En Europe, environ 50 % des entreprises cessent leur activité dans les cinq premières années. En Suisse, selon les études de l’OFS, près d’une nouvelle entreprise sur deux n’atteint pas son dixième anniversaire. Ce n’est pas un aveu de faiblesse : c’est la réalité structurelle de l’entrepreneuriat. 

Lors d’une table ronde organisée par GENILEM, trois fondateur·rices ont accepté de raconter la fin de leur aventure avec une franchise rare : Erica Mazerolle, qui a lancé NUHA (ex-easyvrac) en 2020 dans le contexte du Covid et a fermé en 2024 ; Guy Beroud, dont l’activité de livraisons de repas sains et locaux a souffert d’un manque de profitabilité en 2024 ; Quentin Kany, réinventeur de la olla avec WePot, qui s’est lancé probablement trop vite à l’international, confronté à l’excès de confiance qui grise parfois les entrepreneurs de la première heure.

Pourquoi les entreprises s’arrêtent ? 

L’image populaire de l’entrepreneur qui échoue ressemble souvent à un manque de travail, de chance ou d’argent. La réalité, documentée par des études portant sur des centaines de startups, est plus subtile, et plus instructive. 

Principales causes de fermeture 

raisons faillites startups
Source : 100 First Hits — analyse de 836 fermetures d’entreprises 

La première cause, construire quelque chose dont personne ne veut, du fait de l’absence d’étude de marché digne de ce nom, représente à elle seule 36 % des fermetures. C’est la plus silencieuse et la plus coûteuse. On passe des mois, voire des années, à perfectionner un produit sans avoir vérifié qu’un marché l’attend vraiment. 

La deuxième cause, le mauvais recrutement (18 %), rappelle que la qualité de l’équipe prime souvent sur la qualité de l’idée. Et le manque de focus (13 %) trahit une tendance bien humaine : vouloir tout faire, partout, tout de suite. 

Le premier signal, c’est lorsque les cofondateurs ne sont plus suffisamment convaincus eux-mêmes, à tel point qu’ils ne relancent plus les prospects et restent dans le non-choix.

Guy Beroud, entrepreneur accompagné par GENILEM

Échec ou apprentissage? Les deux, selon le point de vue ! 

L’une des questions les plus révélatrices de la table ronde portait sur le mot lui-même : est-ce un échec ? 

Erica Mazerolle : Je ne vois pas du tout ça comme un échec. C’est un apprentissage qui a beaucoup de valeur, car contrairement aux études théoriques, il est « incarné ». Je fais mieux mon travail aujourd’hui grâce à cette expérience.

Quentin Kany : Moi, je le prends comme un échec. Et je pense que c’est important de ne pas se raconter d’histoires. Mais j’ai aussi énormément appris, notamment sur la gestion des émotions et la responsabilité envers les équipes.

Guy Beroud : On apprend, sans doute jusqu’à dix métiers différents. Mais attention à sa santé, on accumule aussi la fatigue de ces dix métiers. L’entrepreneuriat peut coûter cher si on ne s’écoute pas.

Ces trois réponses ne se contredisent pas : elles coexistent. Ce qui compte, c’est la capacité à continuer, ou à savoir s’arrêter à temps. 

Ce que l’échec permet d’engendrer comme enseignements est universel. Guy l’a formulé avec précision : la tolérance à l’effort, à la douleur, la résilience : c’est ce que le succès n’aurait jamais pu lui permettre de développer. Mais de souligner aussi : « La ligne entre résilience et entêtement est très fine. L’expérience m’a montré à quel point j’étais capable d’aller loin dans l’effort, sans voir les signaux. »

Pour Erica Mazerolle, l’expérience de la fermeture a enrichi la suite de son parcours.

Ce que l’accompagnement change vraiment 

Chez GENILEM, nous accompagnons des entrepreneuses et entrepreneurs depuis plus de 30 ans. Et si l’on nous demande ce que cet accompagnement apporte concrètement, la réponse honnête n’est pas : « nous vous évitons d’échouer. » C’est plus nuancé – voire même plus utile – que ça. 

Fail cheap, fail fast* 

Le fail cheap fail fast est une philosophie d’affaires issue du concept de ‘Lean Startup’. Elle a décrit l’importance de concevoir une entreprise résiliente, capable de tester des idées, d’échouer rapidement sur certaines missions et d’apprendre de ses erreurs.  

L’un des apports les moins populaires mais les plus précieux d’un accompagnement bien mené, c’est d’accélérer la confrontation avec la réalité. Mieux vaut découvrir en trois mois que votre marché n’existe pas plutôt qu’en trois ans. Une bonne ou un bon accompagnateur ne protège pas l’entrepreneur·euse de l’échec : il l’aide à tester vite, à invalider rapidement les hypothèses fausses, et à pivoter avant que les ressources soient épuisées. 

Quelques aspects que l’accompagnement ou le mentorat permettent pour les porteur·euses de projet:

  • Sortir de sa bulle : aller rencontrer son marché, interroger de vrais clients, confronter son idée au monde réel.
  • Ne pas tomber amoureux de son idée : le biais de confirmation pousse à ne chercher que ce qui valide. Un·e accompagnateur·rice externe pose les questions qu’on s’est appris à ne plus se poser.
  • La vue d’ensemble (birds-eye view) : quand on est dans l’opérationnel quotidien, on perd la perspective. L’accompagnateur·rice offre un regard extérieur qui permet de voir ce qu’on ne voit plus soi-même. 
  • Prioriser sans se disperser : structurer les priorités, c’est souvent décider ce qu’on ne fera pas, et c’est l’une des choses les plus difficiles pour un·e entrepreneur·euse.
  • Soutien dans la durée : l’entrepreneuriat est une aventure solitaire. Avoir quelqu’un qui ne juge pas, qui connaît le contexte, et qui reste là dans les moments difficiles est plus rare qu’il n’y paraît. 
  • Savoir reconnaître le moment de s’arrêter : parfois, la meilleure décision est de fermer. Reconnaître ce moment, et avoir le courage d’agir, est l’une des compétences les plus sous-estimées de l’entrepreneuriat. 

Erica l’a dit clairement : l’accompagnement « permettait des prises de conscience » qu’elle n’aurait pas faites seule. Quentin a insisté sur la valeur des conseils reçus, notamment sur les risques de l’internationalisation prématurée. 

L’accompagnement ne vous évite pas l’échec. Il vous aide à échouer mieux ! Plus vite, moins cher, et en apprenant davantage. 

Si vous traversez une période difficile en ce moment 

Les trois intervenant·es avaient chacun·e un conseil. Quentin : « En discuter et l’écrire. » Guy : « En parler. » Ces réponses semblent simples. Elles ne le sont pas. L’isolement est l’une des pathologies les plus courantes de l’entrepreneur·euse en crise. 

L’entourage joue un rôle que l’on sous-estime. C’est parfois une compagne, un mentor, un associé qui voit la réalité avant l’entrepreneur lui-même et ose le dire. Et si vous n’avez pas cet entourage proche, c’est précisément à ça que servent les structures d’accompagnement, un « safe space » où on se sent compris·e et où la fermeture d’une entreprise choque moins.

Alors, vous vous relanceriez? 

À la question finale :  « demain, vous vous relancez ? » les trois ont répondu oui. Avec plus de recul. Avec plus d’humilité. En faisant attention à leur santé. Mais oui. 

Erica s’est d’ailleurs déjà relancée en montant sa structure de conseil Regen.Studio. Guy partage tous ses conseils vécus auprès de l’incubateur de l’EHL et n’attendrait pas « demain » pour se relancer dans une nouvelle aventure entrepreneuriale. Enfin Quentin adorerait à moyen terme se lancer, réussir, et pourquoi pas devenir à son tour un parrain de GENILEM ! 

C’est peut-être ça, la vraie définition de l’entrepreneur: non pas quelqu’un qui ne tombe jamais, mais quelqu’un qui sait pourquoi il se relève. 

Vous avez besoin de confronter votre avancée avec un coach ? 

GENILEM accompagne les entrepreneur·euses à toutes les étapes, y compris les plus difficiles. Diagnostic de projet, accélération, coaching individuel : nos équipes sont à Genève et à Lausanne. 

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📸Crédits photos : Alison Meier – nonante.ch