Financement d’entreprise en 2026 : les infos incontournables
Financer son projet, définir sa proposition de valeur ou piloter la trésorerie de son entreprise : à chaque étape de son développement, un projet entrepreneurial soulève des questions financières. L’enjeu est d’identifier les solutions adaptées à sa situation et de maîtriser quelques principes clés.
Ces questions étaient au cœur de la journée Les Game-Changeuses, organisée par GENILEM. Si l’événement visait notamment à identifier des leviers concrets pour améliorer l’accès des femmes au financement – en Suisse, seuls 7 % des projets ayant levé des fonds en 2024 étaient portés exclusivement par des femmes – il a réuni entrepreneuses, entrepreneurs et expert·es de l’écosystème pour partager des outils et des conseils applicables à tout projet entrepreneurial.

Des organismes à connaître
« Comment savoir ce qui existe ? » Il existe quantité d’organismes de soutien à la création d’entreprises. GENILEM en a d’ailleurs cartographié une grande partie, et a également recensé les structures spécifiquement dédiées aux entrepreneuses.
Mais les besoins de financement ne se limitent pas au moment du lancement. Au fil de la vie d’une entreprise, les situations peuvent varier : un manque de trésorerie temporaire, la nécessité d’obtenir une garantie pour louer une arcade, ou encore le besoin d’emprunter pour développer un nouveau produit ou ouvrir un nouveau marché. Autant de situations courantes dans la vie d’une entreprise. Pourtant, lorsqu’on se lance, on ignore souvent qu’il existe des organismes capables d’accompagner ces phases parfois critiques.
A Genève par exemple, la Fondation d’Aide aux Entreprises (FAE) active sur tout le canton, propose des cautionnements de crédits, des avances de liquidités et peut aller jusqu’à prendre des participations au capital de sociétés innovantes, à l’instar des autres antennes du Cautionnement Romand dans plusieurs cantons : Vaud, Valais etc.
La Fondetec, active en ville de Genève, propose pour sa part des prêts pour le démarrage d’une activité, là où les banques n’entrent parfois pas en matière, ou encore des micro-crédits (moins de 30 000 francs) et comme la FAE, peut vous accompagner sur l’élaboration de votre projet.

La force de ces deux structures ? Leur expérience et savoir-faire. La FAE a accompagné 1450 entreprises en 20 ans. « Les crédits que nous octroyons ont un succès de 90% sur cinq ans », explique de son côté Emilie Sare pour la Fondetec. Des organismes de cautionnement existent dans d’autres cantons comme Cautionnement Vaud ou le Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI) vaudois. Se familiariser avec leurs critères et le type de financement qu’on peut solliciter est utile.
A savoir : Incontournables en particulier au démarrage d’une activité, ces acteurs vous aideront à structurer votre projet. Il est en général difficile de cumuler les prêts entre différentes structures de soutien. Les montants en jeu dépassent rarement 500 000 francs.
A chaque projet sa source de financement
Ouvrir son capital, vendre des produits, contracter un emprunt, gagner un concours, élaborer un crowdfunding : ces sources de financement sont toutes intéressantes, mais laquelle exactement vous correspond ? Et en avez-vous vraiment besoin ? Si vous disposez d’un produit ou d’un service qui répond à un besoin -identifié- d’un groupe cible, pour qui vous arrivez à apporter une proposition de valeur lisible et adaptée, peut-être pouvez-vous vous financer par des ventes, au démarrage ? C’est la méthode dite ‘bootstrap’, largement prônée par les coaches de GENILEM (voir ci-dessous : lean avant tout).
Toutes les expertes et experts présents lors de la journée l’ont répété : un projet entrepreneurial ne devrait jamais démarrer par une dette… plutôt par une vente. L’entrepreneuriat est une activité économique ; le but reste, in fine, de gagner sa vie.
Il faut de l’argent pour avoir de l’argent
Chercher de l’argent est coûteux ! « Les dettes représentent en moyenne 4 à 10% de votre capital, une carte de crédit coûtera 7 à 15% de ce qu’elle finance, le financement participatif revient à 15 ou 20% selon la plateforme utilisée, ouvrir son capital peut vous coûter 30% de celui-ci », détaille Emilie Sare de la Fondetec. Par ailleurs, les plateformes de crowdfunding ont un coût en terme… de temps !
Une levée de fonds participative demande un travail conséquent, implique de relancer chaque personne sollicitée sur son canal de prédilection quotidiennement. Certes, c’est un super outil pour lever des petites sommes sur un temps cours, un exercice puissant de structuration, de communication… mais l’investissement humain reste conséquent.
Investir, une preuve de sérieux
C’est peut-être une ligne rouge pour beaucoup d’entre nous, mais oui, investir ses propres économies dans son projet peut le crédibiliser, et asseoir votre posture! « C’est une manière de démontrer votre engagement, cela peut servir à couvrir par exemple les tous premiers investissements et charges, soit le socle nécessaire à votre projet », insiste Maddalena di Meo, fondatrice de l’école de premiers secours FirstMed pour qui cette démarche est cruciale.
Attention cependant « il ne s’agit pas non plus d’investir l’entier de son second pilier pour son projet entrepreneurial. Un autre sujet peu abordé est la manière dont les indépendantes s’assurent, leur LPP…», pointe la cheffe d’entreprise.

Lean avant tout
Quand on se lance, on ne dispose pas de certitude sur sa future clientèle, ses possibles ventes. Certes il existe quelques règles d’or. Mais, par précaution, la frugalité est clé, il faut à tout prix éviter de « brûler du cash ».
Patrick Schefer, directeur de la FAE a livré quelques clés : plutôt que les charges fixes (loyer), privilégier les dépenses qui varient en fonction de l’activité. Savoir adapter son projet à la demande, car « aucune entreprise ne réussit en restant sur son idée initiale. Le succès c’est d’adapter son projet jusqu’à trouver suffisamment de demande pour pouvoir le pérenniser. »
Il existe 1001 manières d’être lean, en voici d’autres, évoquées au fil de la journée : tester toute idée avant de la lancer à très grande échelle, ne pas attendre d’avoir un projet parfait pour démarrer, mais écouter les besoins des clients, préparer une première version, prendre leurs feedbacks et s’améliorer. Chercher du financement d’abord auprès de ses clients. Garder la recherche de financement pour une phase de croissance. Croître de manière organique. Discuter avec des banquier·ières, des organismes de cautionnement, des experts du financement pour avoir leur avis sur votre projet. « On se connaît tous, on connaît nos fonctionnements respectifs, et on a tous intérêt à éviter que quiconque perde trop de temps », assure Marie Verdonnet de la FAE.
Connaître des règles non dites
Entre les questions des participant·es, les conseils d’expert·es et les recommandations des uns et des autres, quelques règles d’or du financement ont émergé. Ces principes ne sont pas gravés dans le marbre, mais se vérifient souvent dans la pratique.
- Les dettes doivent être supportables. Rares seront les financeurs à vous prêter pour éponger des dettes. Et une première année d’activité ne doit pas être planifiée en partant du principe qu’elle occasionnera des pertes.
- Une entreprise doit la plupart du temps afficher deux ans de bilan pour être soutenue par une banque.
- L’équilibre entre liquidités et dettes est essentiel dans tout projet pour obtenir de l’aide de la part d’un organisme de soutien externe.
- Démontrer, justifier, expliquer tous ses chiffres : si vous présentez un business plan, il vous faut être capable d’argumenter concrètement toute ligne, dépense, votre capacité à générer du revenu, et chaque chiffre de votre projet. Tout sera challengé. C’est là d’ailleurs l’intérêt de l’exercice !
- Il existe des ratios utiles à identifier. Par exemple pour tel pourcentage de chiffre d’affaires gagné, il faudra déduire un certain montant de charge sociale estimé (différent selon chaque canton). Ou alors, 50’000 francs prêtés, équivalent, pour des organismes de soutien, à la création d’un emploi à plein temps (y compris celui de la porteuse ou du porteur de projet)… Des principes qui font gagner un temps précieux quand on conçoit son business plan.
Des erreurs fréquentes
Parmi les expert·es présent·es, nombreux·euses sont celles et ceux qui siègent dans des comités de sélection de projets. Voici ce qu’ils/elles conseillent d’éviter.
- Etre confus·e : « on voit tout de suite les projets mal préparés »
- Etre trop ambitieux·euse…ou imaginer des projections trop faibles: demander trop, c’est risquer de se faire submerger par une arrivée de cash trop importante qu’il faudra rembourser ensuite. Solliciter trop peu, c’est risquer de voir son projet retoqué : « on a tendance à dégrader les business plans quand on les reçoit, pour être sûrs que la dette sera remboursée », rappelle Fanny Vérolet de la BCGE.
- Oublier les redevabilités : chaque soutien octroyé implique des attentes spécifiques, il faut non seulement les expliciter mais aussi les honorer ! Contreparties lors d’un crowdfunding, remboursements de prêts, tableau présentant les chiffres clés tous les trimestres aux investisseurs… C’est du travail, il met l’image de l’entreprise en jeu, et il faut l’anticiper.
- Confondre chiffre d’affaires et profit. Le chiffre d’affaires reste parfois trop valorisé dans les présentations, les médias. Mais ce qui compte c’est surtout la profitabilité d’un projet : permet-il à sa fondatrice ou son fondateur d’en vivre ?
- Piloter au feeling : « les décisions se prennent avec des chiffres », martèle Janice Kerschbaumer, fondatrice de Coach Ton Business, qui aide les indépendant·es à se structurer et vivre de leur activité. Elle prône l’identification d’indicateurs financiers clés pour son activité et leur suivi régulier, « pas juste à la fin de l’année ! »

Les concours : utiles, mais à aborder avec stratégie
Prix IDDEA, PRÊT ? PARTEZ, PITCH !, LIDEV Factory, Singa, Prix PERL : il existe quantité de prix, bourses, concours et accélérateurs… Faut-il tous les tenter ? Comment savoir lequel est pour vous et à quel moment de votre développement le solliciter ? « Mieux vaut choisir le prix adapté au profil de votre projet. S’il porte sur l’innovation locale, ce n’est pas stratégique de briguer un concours axé autour de la tech… », explique ainsi Caroline Widmer, à la tête de Pulse, l’incubateur des HES-SO Genevoises.
Participer à une compétition reste un exercice très formateur. « On se structure, on gagne en réseau, on récupère des feedbacks, on devient visible, on peut tester son projet… Autant de gains précieux, même si on ne finit pas première », rappelle Caroline Widmer. Néanmoins il faut les sélectionner avec soin pour ne pas perdre votre temps (les dossiers étant très chronophages), ni faire perdre celui de vos interlocuteurs.
Qu’est-ce qu’un bon business plan ?
« C’est un outil qui vous sert à vous différencier et à vous préparer », insiste Fanny Vérolet. Autrement dit, il analyse la concurrence, vos forces, vos faiblesses, vos possibilités de développement, vos chances réelles de réaliser votre projet. Il doit être réaliste, ambitieux mais montrer aussi un sens des limites, rester prudent et intégrer dès le départ, si nécessaire, le recours à des personnes et services ressources (fiduciaires, juristes) qui vous permettront d’éviter des faux pas et de vous concentrer sur votre mission.
Quelques outils de base
- Previsionnel.ch : gratuit, ce site permet de prévoir et d’imaginer des scénarios, connaître sa rentabilité sur les trois prochaines années. Toute projection s’avère toujours fausse après, mais pouvoir anticiper ce qui pourrait se passer à moyen terme et donc savoir si on sort des clous reste précieux.
- Logiciels comptables : Odoo, Sequence… Les bons outils comptables ne manquent pas, ils permettent de réunir quantité d’informations clés et d’avoir une vision à 360 degrés.
- Excel : tous bons qu’ils soient, ces outils ne permettent pas de réunir tous les KPIS exactement utiles pour votre activité. Le conseil de Janice Kerschbaumer : « utilisez Excel pour avoir une vue financière pure et dure au fil des mois, et y entrer les chiffres clés pour votre propre activité. »
Les chiffres clés pour mon activité : Quels indicateurs financiers permettent de prendre les bonnes décisions au bon moment ? Janice Kerschbaumer recommande de suivre attentivement trois éléments : le budget réalisé, les indicateurs de performance au moment présent (chiffre d’affaires, marge nette, taux de conversion des contacts en clients, nombre de nouveaux clients, coûts d’acquisition, panier moyen….), et le budget prévisionnel. « Cela vous permettra de reprendre le contrôle de vos finances », explique la fondatrice de Coach Ton business.
Ressources
- Organismes de financements romands : Fondation d’Aide aux Entreprises, Fonde
étec (ville de Genève), FONGIT (canton de Genève), Fondation pour l’Iinnovation et la Technologie (Vaud), Cautionnement Vaud, Saffa (cautionnement spécialisée dans les entreprises féminines), Service de Promotion de l’économie et de l’innovation SPEI (Vaud), VIVA Vaud
- Efino et son outil efino AI tool fundraising readiness assessment.
- Mon premier table de trésorerie par GENILEM
- Mapping de l’écosystème de soutien à la création d’entreprise par GENILEM