Barbara Lax est la nouvelle Présidente de GENILEM
Depuis le 1er janvier 2026, Barbara Lax préside GENILEM. Entrepreneuse et fondatrice du groupe Little Green House, entreprise alumni de GENILEM, Barbara a rejoint notre Conseil d’administration en 2023.
C’est un honneur pour GENILEM d’accueillir Barbara Lax comme Présidente de notre association. Rencontre et portrait avec cette entrepreneuse visionnaire et inspirante.
Tu as quitté un poste à responsabilité dans une importante multinationale pour fonder Little Green House. Avec plus de 16 ans de recul – depuis la naissance de l’idée -, dirais-tu à présent que tu as toujours été faite pour l’entrepreneuriat ?
Barbara Lax : Difficile de dire que j’étais faite pour cela. Je crois au « growth mindset theory » ou la mentalité de croissance, développée par la psychologue américaine Carole Dweck. Elle s’oppose à l’idée généralement admise qui veut que « tu as une place dans le monde, en fonction de tes qualités et de tes talents ». Au contraire, ce concept de croissance signifie que tu peux tout développer, si tu y mets toute ton énergie, ta persévérance, tes capacités d’apprentissage – une idée qu’elle développe dans l’ouvrage Mindset: The New Psychology of Success (2006). Elle y explique qu’on peut influencer la réussite des enfants selon la manière de les noter : dire qu’un objectif n’est ‘pas atteint’ ou ‘pas encore atteint’ fait toute la différence.
Je ne pense donc pas qu’on est ‘fait’ ou ‘pas fait’ pour l’entrepreneuriat – ou n’importe quelle autre activité. Mais c’est vrai que j’ai une personnalité qui compte quelques bonnes caractéristiques pour l’entrepreneuriat : je n’ai pas peur des risques, je suis très indépendante, j’aime ma liberté, j’ai du mal avec l’autorité, je suis particulièrement résiliente et forte. Mais j’ai dû travailler sur moi pour l’identifier, car au démarrage de Little Green House, à chaque échec je me disais « voilà bien la preuve que je ne suis pas une entrepreneure.» J’ai été accompagnée, pour identifier mes réussites, ‘hacker’ mon propre cerveau pour percevoir ce qui était positif ! A présent je suis certaine que ce chemin était le bon pour moi.
Avoir un impact, décider comment organiser ma journée, ne pas avoir de chef, laisser ma créativité se développer, motiver des gens, essayer des choses me rend heureuse et m’épanouit profondément.
Souvent en entreprise, le manque de reconnaissance peut miner la motivation. D’où tires-tu cette reconnaissance en tant que cheffe d’entreprise ?
B. L : Le plus dur pour moi n’était pas le manque de reconnaissance car mon travail était apprécié, par contre il n’était pas suivi d’effet, je concevais des stratégies qui n’étaient pas mises en place. En entreprise le plus difficile, c’est l’esprit de compétition et d’efficacité, qui s’est encore accru ces dernières années, la place de l’humain disparaît face aux indicateurs de performance. Ma reconnaissance vient d’avoir pu construire une entreprise qui incarne des valeurs auxquelles je crois et qui sont reconnues, partagées, plébiscitées par l’équipe, les parents…
Les valeurs sont donc le fondement de l’acte d’entreprendre pour toi, ce qui fait vraiment la spécificité, la différenciation d’une entreprise, ce qui caractérise une entrepreneuse ?
B. L : C’est vrai, tout ce que j’ai créé en termes de valeurs, personne ne peut me l’enlever. Pour moi, c’est important de se dire : qu’est-ce que j’ai provoqué comme impact, chaque jour ? Au quotidien, on peut apporter de la valeur à l’ensemble de la société. Entreprendre est un acte de création, dans toutes ses dimensions. Cette manière de voir les choses est au fondement de chacun de mes actes entrepreneuriaux.
Il faut dire que le cœur, la raison initiale de ton projet, ton « why » est avant tout une volonté de résoudre un problème quotidien, Little Green House est donc aussi et surtout une démarche sociale, à impact, c’est juste ?
B. L. : Oui à l’origine de mon projet, il y a une vraie démarche féministe, l’idée n’était pas juste d’avoir un beau lieu pour accueillir mon enfant, mais de répondre aussi à mon besoin à l’époque, celui d’une professionnelle indépendante financièrement qui souhaite travailler à 100%, et faire carrière. J’avais envie que Little Green House soit un partenaire pour les couples d’aujourd’hui, j’ai vu tant de femmes devoir arrêter ou freiner leur carrière en raison de leur maternité… Avec le temps s’est ajoutée une seconde motivation, celle d’assurer une sécurité émotionnelle aux enfants, pour s’épanouir dans les meilleures conditions. J’ai réalisé à quel point créer un contexte adéquat permet aux enfants de s’épanouir – et inversement.
Quelles aides ont été déterminantes pour surmonter tes débuts ?
B. L. : Pour ce qui est du mindset, j’ai été accompagnée par une amie coach qui travaillait avec l’approche de la déviance positive. L’idée était simple, mais puissante : chaque jour, se concentrer uniquement sur ce qui fonctionnait déjà, même lorsqu’au début, il m’était difficile d’identifier ces éléments positifs. Cet exercice m’a progressivement redonné de la force et de l’énergie, et m’a aidée à orienter mon attention vers ce qui me faisait réellement du bien. Nous avons même choisi de faire certaines séances de coaching à vélo, parce que le mouvement, l’air, le fait d’être dehors contribuaient aussi à cet équilibre et à ce travail sur moi-même. Le coaching en général a été extrêmement précieux, j’en ai suivi plusieurs, dont celui de GENILEM.
GENILEM a jalonné le parcours entrepreneurial de Barbara Lax. D’abord comme entrepreneuse accompagnée, puis comme alumni, marraine de notre association et membre du Conseil d’administration. Cette continuité lui permet aujourd’hui de mesurer pleinement la valeur de l’accompagnement proposé par GENILEM et le rôle essentiel que joue l’association dans l’écosystème entrepreneurial.
Ingénieure civile de formation, Barbara a débuté sa carrière dans l’industrie avant de se lancer dans l’entrepreneuriat avec la création de Little Green House en 2012. Elle dirige aujourd’hui une équipe avec plus de 400 collaborateur·rices. Son engagement entrepreneurial s’inscrit dans une conviction forte : il est possible d’allier exigence économique et cohérence avec ses valeurs afin de construire des entreprises solides, responsables et durables.
Dans son rôle de Présidente, elle souhaite soutenir l’équipe de GENILEM, renforcer la clarté stratégique du Conseil et contribuer à maintenir un cadre ambitieux et ouvert pour l’accompagnement des entrepreneur·euses.
Qu’est-ce qui est sensible ou difficile pour toi dans l’entrepreneuriat à impact ?
B. L. : C’est un secteur pour lequel je m’implique énormément et je pense être une bonne ambassadrice de ce secteur parce que je viens d’un autre monde, celui du marketing, où on pense en permanence à optimiser, faire plus d’argent. Dans le social, ce qui m’interpelle c’est le décalage avec les valeurs, les idéaux qui habitent les personnes qui travaillent dans ce secteur – on n’y vient clairement pas pour gagner de l’argent -, et la réalité de leurs conditions de travail, la manière de le financer. J’ai d’ailleurs créé mon propre podcast pour faire connaître mes collègues, leur travail, je voudrais qu’il soit mieux compris et valorisé.
Penses-tu qu’il faudrait un financement public accru de ce secteur, d’autres aides ?
B. L. : Je me pose la question. Les communes aiment travailler avec nous, mais c’est essentiel aussi d’avoir une approche plus business de ce secteur – tout en gardant au cœur de l’activité les valeurs de l’entrepreneuriat social. De la même manière, les réglementations publiques sont essentielles pour éviter que la course au profit affecte la qualité mais j’ai amené aussi beaucoup de valeur ajoutée, en repensant les structures, process, en automatisant certaines tâches… Je crois que c’est ça le bon mindset : améliorer l’activité pour toutes les parties prenantes et non dans le but de s’enrichir, rechercher à la fois l’équilibre financier tout en poursuivant ses idéaux.
Quel modèle de gouvernance permet cela ?
B. L. : Le « steward ownership » qui garantit à l’entreprise une autonomie totale et le fait d’être orientée vers une mission. La solution pour ce faire reste de créer une fondation, sans actionnaires, mais il y a plusieurs formules, on peut aussi faire figurer le concept dans les statuts de l’entreprise. Beaucoup d’organisations existent, comme Purpose en Suisse, pour aider les entrepreneurs à développer ce modèle. Des politiciens s’y intéressent actuellement et des fonds d’investissements européens existent pour financer ces modèles… L’époque est propice pour créer des exemples significatifs dans le domaine.

Au final, quelles sont les règles que tu t’appliques aujourd’hui au quotidien, vers quoi est tournée ton attention dans l’entreprise que tu as fondée ?
B. L. : Mon focus se centre aujourd’hui sur la culture d’entreprise.
Si tu veux avoir de bons résultats, il faut embarquer tout le monde avec toi donc offrir plus de « why », de sens, à tout le monde.
Je réalise des vidéos, des newsletters mensuelles, on conçoit des petits sketches pour faire réfléchir aux micro-comportements, des podcasts pour que chacun comprenne et reconnaisse les tâches de chacun et soit fier de son propre métier.
Tu redonnes aussi beaucoup à la communauté, en t’impliquant par exemple chez GENILEM
B. L. : C’est tellement chouette de pouvoir parler ouvertement, partager des contacts, des expériences, trouver quelqu’un qui est passé par la même difficulté, a vécu une histoire similaire. Chez GENILEM je trouve une ouverture et une possibilité de partager mes vulnérabilités qui sont essentiels. Et puis c’est une communauté très enrichissante avec beaucoup d’entrepreneurs très ancrés, locaux, « down to earth », tournés, pour beaucoup, vers l’impact.
Propos recueillis par Camille Andres
Ecouter aussi : Quelles sont les qualités pour mener à bien un projet entrepreneurial ? Podcast de GENILEM avec Barbara Lax, à écouter sur Spotify.
Crédits photos : Maud Guy-Vuillème et Lucie-Charlotte Bocquet